Un manuscrit jamais publié, vieux de 150 ans, vient enrichir la collection du Musée Courbet

Grâce à une importante action menée par les Nouveaux Mécènes de Courbet, le musée Gustave Courbet se voit la possibilité d’enrichir son fonds documentaire par ce manuscrit dont la rareté et l’aspect inédit accordent à cette acquisition un intérêt majeur...


Ce manuscrit de sept pages est un document autographe et non signé de Gustave Courbet, probablement rédigé vers juin 1871. Ce document reprend des éléments écrits dans plusieurs missives envoyées par l’artiste au ministre Jules Simon, Pierre Dorian, député et ancien ministre de l’Instruction publique, Jules Grévy, président de l’Assemblée nationale, et Victor Lefranc, député et ministre de l’agriculture et du commerce.

Courbet tentait alors de mobiliser ses relations politiques afin de se défendre des accusations contre lui au sujet de la destruction de la colonne Vendôme lors de la Commune de Paris en 1871.

Ce manuscrit raturé et corrigé qui témoigne aussi bien de son statut de brouillon que de l’état psychologique de son auteur fait état d’un contenu riche et passionnant permettant d’éclairer et de mieux appréhender la participation de Courbet à la Commune et ses conséquences.

L’artiste y explique avoir agi dans l’intérêt général et la volonté «populaire»: «Comme je l'ai déjà dit, c'est influencé par le vœu populaire qui attribuait au monument commémoratif de nos succès guerriers […] et après en avoir référé aux artistes dans une assemblée générale […] que j'adressai au gouvernement […] la pétition par laquelle j'émettais le vœu que cette colonne soit déboulonné et transporté aux Invalides […] ».

Suit un long développement sur l’historique de cette destruction : « Le gouvernement du 18 mars, la Commune de Paris, reprit à nouveau (mais sans ma participation) cette idée pour son compte, afin d'exprimer par cet acte l'idée anti-belligérante qu'elle professait ce décret parut 12 jours avant ma nomination à la Commune. » ; ainsi que sur les conséquences négatives de sa participation à la Commune.

La fin du document reste le plus étonnant. Se posant en victime, Courbet propose de « relever » la colonne à ses frais : « Je crois que malgré tous ces raisonnements de n'avoir pas séduit mes juges mais il me reste un argument péremptoire comme il faut absolument que quelqu'un supporte la responsabilité de cette colonne […] j'offre au gouvernement de la relever à mes frais. ».

Bien que non retenue lors de son procès, cette proposition reviendra sur la table en 1873 lorsque Mac Mahon est élu président de la République.
Ce dernier décide de lui faire supporter le prix du relèvement de la colonne. Cette amende colossale a poussé Courbet à l’exil en Suisse où il meurt en 1877.

Gustave Courbet (1819-1877), La Colonne
Vers 1871
Encre sur papier ; manuscrit autographe Musée départemental Gustave Courbet
– Don des Nouveaux Mécènes de Courbet.
www.musee-courbet.fr

le 09 novembre, 2022
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