Temps scolaire : de la semaine des 4 jeudis à celle des 4 jours ou le jeu des 6 erreurs

Quelle mouche a donc piqué Vincent PEILLON, le sémillant Ministre de François Hollande, en s’attaquant dès sa nomination en 2012 aux rythmes hebdomadaires à l’école primaire ?

La réponse est simple : depuis le temps que l’on déplorait la surcharge journalière (6h) et semainière (27h sur 4 jours et demi) imposée aux enfants et aux enseignants par l’Education Nationale - à l’inverse de ce qui se passe dans les autres pays de l’OCDE, et en contradiction avec tous les rapports des chronobiologistes - notre homme a voulu faire mieux que les commentaires habituels et s’engager résolument dans l’action. Louable intention, reconnaissons le. Mais la suite s’avère être un vrai parcours du combattant pour tous les acteurs de la réforme, laquelle aura pour unique objet d’alléger la journée de travail sans pour autant toucher aux rythmes annuels, corollaires pourtant naturels mais terriblement dangereux à aborder face aux familles et surtout aux lobbies économiques. Faisons simple et tout ira bien, se dit le Ministre. On arrête les cours à 15h30 puisque après l’enseignement est inefficace, et on met en place des activités plus ludiques qu’on appellera des TAP (temps d’activité périscolaire). Les Communes, responsables du structurel en primaire, seront chargées de l’organisation de ces fins de journée. Jusqu’ici on est d’accord. Avec l’aide de l’Etat ? Oui, mais seulement au début pour la mise en place. Ah bon…

Première et définitive erreur.

Car dès cet instant, ce qui semblait évident devient très compliqué. Les Communes ou Syndicats demandent une participation financière aux familles pour boucler leur budget TAP, ce qui provoque des réactions hostiles et des situations discriminatoires.

Deuxième erreur.

Le Département, en charge des transports scolaires, place les horaires de départ des écoles à 15h30, limitant ainsi l’impact du périscolaire qui coûtera d’autant plus cher qu’il sera fréquenté par un nombre minimum  d’enfants, et souvent pas ceux des villages avoisinants. Troisième erreur. Le Ministère n’oblige pas l’école privée à cette nouvelle organisation, on se demande encore pourquoi, comme s’il y avait en France deux sortes de citoyens et d’élèves.

Conséquence : des fuites du public vers le privé, des écoles de villages qui ferment une à une, faute d’effectifs, des transports scolaires tous azimuts au détriment du bilan carbone…

Quatrième erreur…

Pour calmer le jeu et libérer le week-end, on décide de déplacer les cours du samedi matin au mercredi, une absurdité car ce jour était traditionnellement consacré à des activités plus personnelles ou familiales et permettait une respiration en milieu de semaine. Le samedi, aux dires des professeurs, était une matinée plus « cool », agréable avec des enfants détendus où l’on pouvait mener des actions différentes, plus ouvertes sur le monde.

Cinquième erreur.

Et voilà que, pour couronner le tout, on revient aujourd’hui à la journée de 6h avec, par voie de conséquence, la quasi-généralisation de la semaine de 4 jours, et aussitôt un nouveau sujet qui surgit : une pause méridienne écourtée.

Sixième et monumentale erreur.

Je ne connais guère sur le secteur que la Commune de Levier qui ait conservé les 5 matinées de travail scolaire, moments les plus propices aux apprentissages. Mais la semaine s’arrête ici le vendredi à midi, ce qui n’est peut-être pas le meilleur pour l’équilibre hebdomadaire. Vous vous demandez maintenant où est passé l’intérêt de l’enfant et ce qu’il aurait fallu faire ? Reprenez les erreurs une à une et corrigez les. Vous vous approcherez de la vérité.

Jean-Pierre TONNIN Président des Délégués départementaux de l’Éducation Nationale d’Ornans-Amancey

 

le 10 juillet, 2018
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