Les enjeux transfrontaliers abordés lors d’une table ronde

C’est à Vallorbe en Suisse, que s’est déroulé le jeudi 9 février le colloque TransJurassien sur le développement économique transfrontalier. Retour sur les moments forts…

 

Depuis plusieurs années, les collectivités locales françaises et suisses réunies dans l’aire de proximité dite « Mont d’Or - Chasseron » coopèrent au sein de la Conférence Transjurassienne (CTJ). L’aire de proximité est un espace de travail, d’échanges et d’actions sur des thématiques diverses. M. Stéphane Costantini, syndic de la ville hôte, a tout de suite donné le ton en rappelant l’importance de poursuivre conjointement les échanges au lieu de « construire des murs », référence à la politique de Donald Trump. Ce à quoi a répondu avec malice l’animatrice, une journaliste de RTN : « Dans le nom Mont d’Or - Chasseron, il n’y a pas de trait d’union entre Mont d’Or, ce sont les habitants des deux pays qui mettent cette union. Le trait d’union est par contre présent pour désigner le « Montd’Or », le fromage de référence ». Et comme un symbole, nous étions le 9 février, date phare de la loi « contre l’immigration de masse » votée par la Suisse trois ans auparavant. Arrêté mis en vigueur mais qui n’a jamais rien changé, et qui a finalement fait trembler les frontaliers pour rien.

« Une loi c’est un bout de papier, il faut que les Hommes les transcendent » souligne Pascal Broulis, conseiller d’État du Canton de Vaud.

Et ce référendum était bien au centre de la discussion. Chaque invité a donné son propre commentaire sur le sujet. Par exemple, selon M. Abram Ratano, directeur de Redel SA (entreprise fabricant des pièces pour Formule 1, radars ou satellites), cette loi a été « une ânerie dictée par quelqu’un qui n’y connait rien ». L’avis de M. Cardis, directeur des Établissements Hospitaliers du Nord vaudois, est basé sur l’expérience vécue dans ses établissements, car des conflits entre employés ont éclaté. Côté français, on déplore cette situation mais on ne s’affole pas, on s’adapte. Justement, le mot « ADAPTER » revient fréquemment dans le débat. M. Broulis n’a pas manqué de faire allusion à la nouvelle région Bourgogne-Franche-Comté : « Quand la France a redécoupé son territoire, on s’est retrouvé orphelin car votre région s’est rapproché de Dijon et nous sommes restés pendant quelques temps sans interlocuteur ». Il est donc évident qu’avec un nouveau territoire allant jusqu’à Dijon, la région n’est plus capable d’établir un dialogue efficace et réaliste sur les besoins des frontaliers. Le conseiller d’État en appelle donc aux maires en leur demandant de décider par eux-mêmes. 

De nouvelles perspectives à développer en commun 

L’éducation, et plus particulièrement la filière des métiers manuels, font défaut des deux côtés de la frontière : « Ça fait 21 ans qu’on y travaille et ça fait 21 ans qu’on échoue » s’est exclamé Patrick Genre, maire de Pontarlier. Oui, les systèmes éducatifs étant différents entre les deux pays, un vrai problème apparaît. En effet, le pays helvète mise sur une formation pratique tandis que la France s’axe sur la théorie. Mais le problème de la formation commune est également consternant. Comme l’ont souligné les différents acteurs du colloque, la seule formation commune est le CAP horloger transfrontalier dispensé par le GRETA… Nettement insuffisant pour deux régions, deux pays aussi proches et complémentaires. Les réseaux de transports sont aussi un sujet à examiner. L’exemple le plus parlant est sans aucun doute les embouteillages sur la RN57 à l’entrée de Pontarlier (l’éboulement rocheux au niveau de la Combe n’arrange pas la situation) et à la douane de Vallorbe.
La possible suppression du poste de douane des Verrières-de-Joux pour Vallorbe est également remis en cause car ce changement aurait pour conséquence de surcharger un trafic déjà bien encombré… Quant à la liaison TGV Lausanne-Paris, le projet est à défendre coûte que coûte. 

L’après-midi s’est conclue par le maire de Pontarlier, qui a tenu à souligner « l’importance de ce type de réunion » tout en appelant au renforcement des échanges.

Quelques chiffres
• 2 millions d’étrangers vivent en Suisse dont 120 000 Français.
• 200 000 Suisses vivent en France
• 7 milliards CHF de salaires annuels versés par la Suisse aux frontaliers sur l’arc jurassien et l’arc lémanique (sans Genève)
• 6% des travailleurs dans le canton de Vaud sont des frontaliers, soit 27500 personnes
• 3,7% de chômage en Suisse

Frontalier = bouc émissaire ?

Depuis la loi du 9 février 2014, la stigmatisation du frontalier s’est accentuée. On parle même de « racisme anti-frontalier »... Dans certaines entreprises des tensions apparaissent et provoquent l’exode des déçus de l’eldorado helvète. Tout cela est en partie dû aux difficultés rencontrées dans l’industrie horlogère. Et comme souvent, il faut un coupable. Pour jouer ce rôle, le frontalier a tout pour être désigné : il ne sait pas forcément parler la langue majoritaire du pays (l’allemand) et il s’approprie le travail des Suisses, dû au manque de main d’oeuvre. Mais il est également un bouc émissaire en France. Le frontalier est perçu comme une personne possédant beaucoup d’argent, roulant dans des voitures « allemandes » et provoquant la hausse des prix. Néanmoins comme l’a souligné le Conseiller d’État du Canton de Vaud : « Les frontières nous séparent, nous protègent, elles existeront toujours et nous devons vivre ensemble ». Des paroles qui doivent impérativement faire écho…

Maxence Cuenot

le 13 mars, 2017
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