Interview avec Sam du groupe Les Ogres de Barback

Le 23 novembre dernier, un concert des Ogres de Barback à Beaucourt (90) comptait parmi les dates distillées pour leurs 22 ans de carrière...

On assistait à soirée enjouée et engagée, avec un certain second degré qui fait dire qu'un "anniversaire annuel est toujours important". Le lieu du Foyer Georges Brassens a nommément bien été choisi pour le groupe qui se revendique dans la lignée musicale de l'homme à la pipe. La fratrie y vient d'ailleurs dès leurs débuts, et ne manque pas de remercier une catégorie de programmateurs qui, manifestement, leur ont fait confiance très tôt. Au lendemain du concert, nous avions interrogé l'aîné de cette famille, Sam Burguière.

Villages FM : Cette tournée est-elle la présentation d'un prochain album ?

Sam Burguière : Pas encore. Nous sommes toujours avec l'album studio qui s'appelle "Vous m'emmerdez" (précédant à l'album live de 2015). Ce sont surtout les chansons de ce disque que nous jouons sur scène en ce moment. Cette série de concerts est un de ces projets que nous faisons ponctuellement. Par exemple là, nous ne sommes que tous les quatre sur scène sans décor ni artifice. On est vraiment que nous quatre et nos instruments. Le projet n'est que pour cet album, on fera complètement autre chose en 2017. Nous changeons tout le temps de formule comme ça. On aime bien changer sans arrêt.

 

Vos projets sont en quelque sorte saisonniers, car on parle bien ici d'un projet d'automne ?

Oui on donne un début et une fin à chaque projet. L'été dernier nous avions tourné avec Brotto Lopez, duo de musique traditionnelle avec un accordéon diatonique et une cornemuse. Ensuite ça s'est arrêté pour cette formule et, en janvier, on va sur un autre projet intitulé Un air de famille, où nous jouerons avec Les Hurlements d'Léo. Ca s'enchaîne ainsi et de cette façon on ne s'ennuie jamais.

 

Lors du concert à Beaucourt, vous avez évoqué l'expérience où vous jouiez avec une fanfare du Bénin. Elle semble vous avoir marqué, qu'en est-il ?

Nous avions fêté nos vingt ans avec elle, sur une tournée vraiment spéciale car ça a duré toute une année. Nous y avons mélangé nos chansons avec des cuivres et percussions africaines, et avec les rythmes de cette fanfare. Le projet nous tenait à coeur. Tourner avec des gens laisse des traces et, comme on le dit sur scène, cette fanfare nous manque effectivement beaucoup.

 

Les rencontres laissent des traces au point de décupler la diversité de vos sons en allant chacun d'un instrument à l'autre ?

Nous sommes passionnés d'instruments de musique alors forcément, comme nous voyageons beaucoup nous en achetons beaucoup. Dès qu'on traîne dans un pays étranger on achète des instruments, et France nous allons dans les brocantes. On se renouvelle très régulièrement dans ce domaine, mais c'est toujours dans l'idée de s'amuser.

 

Chaque membre des Ogres de Barback a-t-il des instruments attitrés ?

Oui même si ça se fait complètement par hasard. Le hasard fait bien les choses parce qu'on n'a pas choisi les mêmes instruments. Chacun est attaché à une famille de sons.

 

Est-il facile d'être textuellement engagés et à la fois très portés sur l'orchestration musicale ?

Il faut avouer que nos textes racontent de vraies choses, des choses que nous avons envie de dire. Notre façon de les exprimer reste festive. Pas au sens rythmique du terme, mais plutôt dans l'idée de passer un bon moment tous ensemble. Il y a des paroles parfois un peu trash et on essaie de les véhiculer comme ça. Au départ nous étions sur de la chanson très calme et, à tort, nous avions toujours peur de voir les gens s'ennuyer. Alors pour ne pas que cela arrive, on voulait racheter des instruments. Ca devait changer les arrangements et du coup personne ne s'ennuierait. D'où ces instruments de partout.

 

L'engagement envers la tolérance est aussi en phase avec les accents empruntés à la world-music que vous proposez, justement par le biais d'autant d'instruments. Ca va ensemble ?

L'esprit world-music est assez récent, chez nous. Il apparaît depuis que nous avons fait quelques voyages notamment en Afrique où nous avons découvert des rythmes un peu spécifiques, que nous ne connaissions pas du tout. On a aussi rapporté des instruments de la Mongolie. Nous sommes en train de découvrir tout ça et l'expérience est illimitée. Nous avons encore tellement de pays à visiter.

 

S'il fallait justement délimiter votre musique, pourrait-on dire qu'elle se situe entre Georges Brassens et Emir Kusturica (le célèbre musicien bosniaque) ?

Oui un peu. Ce sont deux de nos références parmi quelques autres. Mais j'ajouterais la Mano Negra avec un esprit alternatif à ce qu'on fait. Et puis nous, on est quand même nés avec le rock alternatif des années 80. Ces trois noms-là c'est un beau résumé, ça nous va très bien.

 

Le titre d'albumVous m'emmerdez marque-t-il une forme d'humour dans l'engagement ?

Oui. Mais ses chansons sont nées au moment des manifs Pour tous et nos disques sont souvent liés à des périodes. L'album Comment je suis devenu voyageur, qui a précédé Vous m'emmerdez, tombait à une période où nous voyagions beaucoup et ça se ressent dans les morceaux ; le disque d'encore avant, intitulé Du simple au néant, est paru avec l'élection présidentielle de 2007. Le côté plutôt sombre y est perceptible. Chaque fois c'est une carte postale de l'année expirée, et à nous, cela fait de beaux souvenirs de ce qui s'est passé alors.

 

Vous reprenez Café du canal, la chanson de Pierre Perret dont, sur scène, vous racontez volontiers que les gens vous en font auteurs : 
l'anecdote est vraie ?

Oui elle est vraie. Café du canal est une chanson que nous chantons depuis nos premiers concerts. Et quand nous la présentons sous l'histoire des gens qui nous disent que "c'est notre plus belle chanson", et nous de répondre dûment qu'elle n'est pas de nous, c'est arrivé plein de fois ! C'est assez rigolo de le raconter sur scène.

 

...Pierre Perret est au courant ?

Bien sûr. On a eu la chance de le rencontrer plusieurs fois, il est même devenu un ami. Nous avons fait beaucoup de choses avec lui et là, nous avons de nouveaux projets en cours ensemble.

 

Des projets studios ou live ?

Déjà, on va commencer à préparer un album de reprises de Pierre Perret, mais pas chantées par nous. Chantées par d'autres. On s'occupe de la réalisation.

 

Propos recueillis par fred D Rico

le 01 février, 2017
Connectez-vous pour commenter