Affaire Narumi : la justice française rédige un mandat d'extradition

La Procureure de la République de Besançon, Edwige Roux-Morizot, s’est exprimée lundi 6 février sur la décision de la Cour suprême du Chili de ne pas arrêter le suspect…

 

C’est par un mail envoyé peu avant 14h, que la presse a été prévenue d’une conférence imminente et pour le soir même (ndlr à 17h) de la procureure de la République. Bien qu’aucune révélation capitale n’ait été diffusée, la magistrate a tenu à clarifier les événements récents. En effet, vendredi 3 février, la Cour suprême du Chili avait décidé de ne pas arrêter Nicolas Zepeda Contreras, suspect principal dans la disparition de l’étudiante japonaise du CLA, Narumi Kurosaki dont nous sommes sans nouvelle depuis le 4 décembre. Cette « douche froide pour le parquet » comme le qualifie L’Est Républicain, est bel et bien un revers pour la justice française. Mais un revers à prendre avec des pincettes. Explications avec la Procureure Edwige Roux-Morizot.

« Il a présenté des garanties suffisantes »

« Un jugement a été en effet rendu par la Cour suprême du Chili, jugement qui a été reçu par notre ministère des affaires étrangères le 3 février 2017 sur la demande d’arrestation provisoire visant Monsieur Zepeda Contreras. Ce jugement ne l’a pas, contrairement à la demande de la France, placé sous écrou extraditionnel. Mais il a fait l’objet d’une interdiction de sortie du territoire (en l’occurrence de deux mois). Seuls des éléments succincts concernant la procédure d’information judiciaire et donc les charges qui pouvaient être retenues contre Monsieur Zepeda Contreras (le suspect est nommé pour la première fois par la justice française) ont accompagné cette demande d’arrestation provisoire. Nous sommes contraints par un nombre de 1 000 caractères, donc il est évident que nous n’avons pas pu dans cet espace très restreint, donné connaissance réellement de l’ensemble des charges qui pouvaient être retenus contre Monsieur Zepeda. Ces charges qui ont pu évoluer entre le moment où nous avons fait partir la demande d’arrestation provisoire et ce jour. Ce qui veut dire que cette décision ne préjuge en rien sur la demande d’extradition qui a également été formalisée et qui attend que la traduction complète des éléments exhaustifs ou quasi-exhaustifs de l’information judiciaire puissent être effectués et transmis aux autorités chiliennes avec cette demande d’extradition. Je précise également que non seulement monsieur Zepeda a eu cette interdiction de sortie de territoire mais s’il l’a eu c’est aussi parce qu’il a présenté des garanties suffisantes et qu’il a été localisé par les autorités. La demande d’extradition partira donc dès que nous aurons la traduction de la totalité de ces pièces de procédure et ça devrait pouvoir se faire sans doute dans la semaine qui vient. Mais ça ne veut pas dire obligatoirement qu’il sera extradé ».

Et si la justice chilienne refuse une nouvelle fois ?

Quel recours peut-il y avoir si la demande d’extradition n’est pas acceptée ? C’est la question qui était au bout de toutes les lèvres. Voyant venir le déferlement médiatique, la Procureure de la République s’est empressée d’expliquer les deux hypothèses qui pourraient peuvent se dessiner : « - Si la demande d’extradition n’est pas acceptée, la France peut faire une dénonciation officielle des faits au pays pour qu’il puisse être jugé au Chili », c’est la première option. La seconde consiste à juger le suspect sans sa présence en France, au parquet de Besançon : « - La France peut garder cette affaire, parce que les faits ont été commis sur son territoire, même sans la présence du mis en cause et le faire condamner éventuellement par contumace par la cour d’assises du Doubs. »

Le corps n’a toujours pas été retrouvé

Concernant l’avancée de la recherche du corps de la jeune étudiante, la magistrate a assuré que les enquêteurs faisaient tout leur possible, malgré les mauvaises conditions climatiques. Interrogé par notre consœur de Reuters sur les traces rougeâtres retrouvées sur le perron de la sortie de secours de la cité universitaire, Edwige Roux-Morizot a confié les dernières analyses : « On a effectivement eu retour, depuis aujourd'hui, des expertises. On n’est pas capable de dire si c’est du sang ou pas, il n’a pas suffisamment d’éléments pour permettre cette analyse là, mais en revanche la seule chose que l’on sait c’est que les ADN qui ont été prélevés sur cette tache ne correspondent ni au principal suspect ni à la victime. Donc pour nous ce n’est pas un élément à prendre en compte dans le cadre de notre information judiciaire. »

Concernant les éléments objectifs qui prouvent la culpabilité du présumé coupable, Madame la Procureure ne veut et ne peut pas les dévoiler, en rappelant que le secret de l’instruction doit être respecté. Toutefois elle tient à souligner « qu’ils existent, en tout cas pour la justice française, des éléments lourds de conséquences et importants, suffisants dans ce dossier pour justifier ces deux demandes. » Affaire à suivre. 

Maxence Cuenot 

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le 07 février, 2017
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