Affaire Narumi : une communication mal maîtrisée ?

La disparition mystérieuse de l’étudiante japonaise, le soir du 4 décembre 2016, a fait couler beaucoup trop d’encre dans les journaux, au point de faire sortir de ces gonds le parquet bisontin…

 

« Je tenais seulement à vous informer au regard du déferlement d’éléments parus dans la presse sur l’enquête en cours, de la colère légitime des enquêteurs, du parquet et des juges d’instruction, de voir leur travail mis à mal par ces révélations quotidiennes ». La colère de Madame la Procureure Edwige Roux-Morizot a donc éclaté en pleine conférence de presse, mercredi 11 janvier. En ligne de mire, les médias qui divulguent des éléments relevant du secret de l’instruction, tels que l’identité du présumé coupable, de son parcours à Ornans ou des supposées « flaques de sang » présentes dans la résidence étudiante. Pour la Procureure, ces révélations peuvent permettre au suspect de préparer sa défense tout en effaçant soigneusement ses traces. Une enquête menée en parallèle par les médias qui gêne donc celle de la police bisontine.

Alors, légitime à Edwige Roux-Morizot de faire appel à la « Police des Polices », l’IGPN, et d’ouvrir « une enquête préliminaire contre X pour violation du secret de l’instruction et recel de violation du secret de l’instruction ». Un sabordage de l’enquête policière dû à une fuite des informations dans les journaux régionaux, nationaux et internationaux. Le sitting des médias japonais a également accentué la pression sur les autorités françaises, peu habituées à tant d’attentes.

Alors oui, les médias ont enquêté, ont recherché des témoins passant outre les consignes policières. Ce ne sont pas forcément les premiers coupables mais deviennent au final les boucs émissaires d’une communication mal maîtrisée de la part de la police et du parquet bisontin. En effet, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase est venue de la prise de parole du commandant Régis Millet de la PJ, qui a annoncé qu’il s’agit « à 100% d’une affaire criminelle »
devant la presse locale le 23 décembre.

Alors comment peut-on qualifier une disparition de meurtre sans avoir de corps et sans vouloir donner d’indices qui crédibiliseraient cette hypothèse ? C’est la question qui a fait débat et qui a provoqué l’emballement médiatique. Mais face aux questions des journalistes, le parquet de Besançon, tout comme la police, s’est muré dans le silence. Laissant les rumeurs se répandre et attiser l’acharnement médiatique initié par l’espoir d’en apprendre un peu plus.

Concernant le suspect, en révélant son identité et en prétendant qu’il était rentré dans son pays (ndlr : le Chili), les médias ont permis d’instaurer un climat plus serein au sein du campus. Leur démarche a permis d’éloigner l’ombre d’un assassin présent à la Bouloie, où rappelons-le, une cellule psychologique a été mise en place. Mais à l’heure où nous écrivons ces lignes, aucune nouvelle information n’a été communiquée, laissant le suspens entier.

Quoi qu’il en soit, ces erreurs de communication feront certainement leçon entre l’éternel problème d’en dire trop ou pas assez.

Maxence CUENOT

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le 25 janvier, 2017
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