L’heure de la goutte !

Au cours du siècle dernier, chaque famille, en hiver, distillait les fruits de leur verger dans l’atelier municipal. Aujourd’hui, ils sont peu nombreux à faire perdurer cette tradition...

 

Seul un petit nombre de personnes peuvent encore faire valoir leur privilège de bouilleur de cru, les exonérant de taxes pour les 1000 premiers degrés d’alcool. Aujourd’hui, toute personne propriétaire d’un verger peut distiller dans un alambic déclaré, mais doit s’acquitter auprès des douanes d’une taxe dès le premier degré d’alcool.

Des pommes, des poires, des pruneaux, des cerises… les fruits ne manquent pas. À maturité, ils sont cueillis et mis en tonneau pour leur fermentation. Évidemment, la matière première est très importante, la sélection doit être rigoureuse. Lorsque l’hiver est là, c’est à l’atelier municipal que bien souvent les récoltants distillent leur précieux breuvage fermenté. Et là, c’est tout un art ! Après avoir chargé la cuve en cuivre de fruits, c’est au feu de bois qu’ils vont être portés à ébullition. Les vapeurs d’alcool vont monter et vont être refroidies dans le serpentin de l’alambic. Instant magique, la condensation va produire le distillat. Cette première passe sera à nouveau distillée pour donner un alcool de fruits avoisinant les 50°.

Un rituel ancestral qui se transmet dans la famille Chatelain à Deservillers. Les gendres se font toujours un plaisir de venir distiller les poires de la grand-mère, c’est comme un rituel annuel que personne ne veut manquer précise l’un deux. Pas simple, non plus « Si tu veux une bonne gniole, il faut prendre son temps, ne pas la chauffer trop fort ». C’est donc un travail de patience : surveiller et vérifier la puissance du feu, très importante pour ne pas brûler la cuite, tremper ses lèvres pour le goût, noter les degrés, surveiller la pendule… Mais c’est aussi pour l’ambiance qu’ils aiment distiller : Les effluves qui se dégagent dans cet atelier sombre, le casse-croûte que l’on partage avec les amis, le jeune alcool que l’on goûte au fur et à mesure.

Il est loin le temps où l’on distillait pour la quantité en appréhendant la visite des rats de cave, chargés des contrôles. La consommation d’eau-de-vie, se perd un peu avec le temps aujourd’hui, c’est avant tout pour le plaisir que cette tradition se perpétue. Le plaisir de la faire et la fierté de faire déguster ce breuvage transparent dans une tasse à café encore un peu chaude ou sur un sucre cristallisé.

Sophie GARNIER

le 02 février, 2017
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