Portraits de femmes et de fillettes

Sabrina Grosperrin n’aime pas trop se prêter aux interviews s’agissant de ce qu’elle pratique au niveau de la peinture et du dessin. Mais pour notre magazine, celle qui dit n’avoir " jamais cessé de dessiner depuis toute petite ", a accepté de faire une légère entrave à ses habitudes...

 

En effet, la jeune femme en rajoute une couche (si je puis me permettre) en apportant un éclaircissement qui n’est pas neutre dans son œuvre : " je n’ai pas eu de coupure parce que j'incorpore au travers de mon travail aussi bien les gribouillages que les vrais dessins. Pour moi, les uns et les autres sont aussi importants ". Sabrina a commencé à peindre il y a 8huit ans parce qu’avant, elle ne souhaitait pas spécialement mettre de la couleur dans ses dessins. " Ce qui m’a conduite à peindre, c’est l’option Arts Plastiques au Lycée. Et, lorsque j’ai commencé à mieux maîtriser les à plats ou les gris, cela a déclenché l’envie d’ajuster et d’ajouter des couleurs. Mais, c’est arrivé à l’époque où l’on nous faisait goûter à la peinture à l’huile et à l’acrylique ".
Le Bac en poche, Sabrina s’inscrit aux Beaux Arts. Elle y restera deux ans, le temps de faire ses armes et paradoxalement de ne pas vraiment suivre les cours de peinture : " Je suivais assidûment les cours de dessin, un peu ceux de modelage et de sculpture. Malgré tout, j’ai vraiment appris. Avant, l’impulsion guidait mes dessins. Ils étaient plus ou moins bien maîtrisés. Mais par la suite, j’ai pu savoir, en gros, quel était mon style, quand je voulais construire quelque chose qui trottait dans ma tête. J’ai pu bien mieux percevoir mon monde intérieur ".
Les dessins et les peintures lui viennent souvent d’images flashes que Sabrina essaie ensuite d’agencer en 3D. Ils peuvent aussi survenir de bribes de rêves qui restent comme un effluve dans la journée ou bien encore d’automatismes. Côté inspiration, la jeune artiste admet : " A la base, j’apprécie toujours Van Gogh et Schiele. Sinon, c’est selon les moments. Je peux très bien être inspirée par Picasso ou Max Ernst pour le travail des traits, des couleurs… et dans ce cas le contenu m’intéresse moins que le contenant. Frida Kalo m’a beaucoup enthousiasmée. Je crois qu’il y a une chronologie au niveau de ce que l’on aime. J’étais très XIXème et, au fur et à mesure, je me suis rapprochée du début de XXème. Je peux aimer des choses théoriques comme l’abstraction ou comme Kandinski, mais cela ne me touche pas émotionnellement ".
Les sujets de prédilection de Sabrina sont les corps féminins. Pourquoi ? " Parce qu’au niveau de notre culture, on est amené à souvent fréquenter un monde masculin et finalement, presque forcément, on commence à regarder le corps des femmes autrement. Je n’ai personnellement pas envie de dessiner ou de placer des hommes dans mon travail. Puis, il y a aussi un jeu de miroir… "
Le style se veut figuratif même si, pour Sabrina, il est le plus schématique possible. C’est onirique. Nous rejoignons encore ce monde des rêves avec ces personnages issus d’un sommeil né de paradoxes. " Je projette sur la toile, d’une certaine manière, un malaise intérieur ou une douleur. Après, il n’y a pas de message particulier. S’il y en a un, je ne sais pas comment les autres le perçoivent. Moi, je me délivre de tensions ou de souffrances et le corps féminin ou les fillettes m’aident à cela ".
En tout cas, les œuvres de Sabrina ne peuvent laisser indifférent et c’est malheureusement bien dans certaines vilaines figures qu’est emmitouflé timidement le plus vierge des cœurs violés du manque d’amour…
Jérome Colantuono
le 01 février, 2005
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