Le Doubs s’exporte

Le premier exerce le métier de luthier à Fontain : il imagine, fabrique et perfectionne des instruments de musique à cordes pincées ou frottées. Le second, installé à Villers-Sous-Montrond, s’est spécialisé dans la conception d’un logiciel de gestion informatique des collections muséales sous le nom d’Actimuséo. Installés tous deux depuis 1996 en milieu rural, ils cultivent le goût d’entreprendre et d’innover en conjuguant technicité et créativité. Ces deux entreprises franc-comtoises sont aujourd’hui présentes à travers toute la France, et bien au-delà encore !
Hervé Prudent invente les sons
Avec près de 400 instruments à son actif, Hervé Prudent n’a de cesse d’explorer le monde musical. Au sein de son groupe Spakr, il expérimente ses propres instruments. Ce luthier polymorphe, dont la formation s’étend de la menuiserie à l’électromécanique, trouve sa source d’inspiration sur le terrain : ses travaux étant le fruit d’échanges constants avec les musiciens.
Après des années de recherche sur les micro-magnétiques et les capteurs piezo, sa première exposition au Salon de la Musique en 1989 à Paris attire l’attention de nombreux spécialistes avides de nouvelles sonorités. Une dizaine d’instruments y sont vendus alors que le concept novateur de guitare à la fois électrique, électro-acoustique et midi est dans les cartons. Louis Winsberg en est le premier acquéreur en 1991 (une quarantaine suivront) tandis qu’une grande marque de guitare reprend le concept quelques années plus tard. Sa vue très personnelle des choses l’amène à travailler, fin des années 90, sur des instruments du monde : mandoline, oud et saz qui seront électrifiés dans son atelier, connaîtront un vif succès (Orchestre national de Barbès, Juliette…). A la croisée de plusieurs influences, des hybrides verront le jour dont par exemple Isis Le Saz, un mélange violon/saz qui a rejoint la collection de Catherine Lara. Hervé Prudent se consacre actuellement au “système clip“, un système de capteur pour alto, violoncelle et contrebasse breveté en décembre 2005 et approuvé par des musiciens classiques au Salon Musicora du Carrousel du Louvre.
Base de son travail, l’expérimentation lui permet de s’adapter à toutes les demandes, même si celles-ci relèvent parfois du fantasme. Une solide réputation construite autour d’une idée :  “Si tu veux un truc tordu, vas voir Prudent !”

Lamy-Au-Rousseau Mutimédia : une nouvelle dimension ?  

En 2006, près de 150 licences d’ActiMuséo sont installées dans plus d’une centaine de musées de tailles diverses, de Bois d’Amont à la Bibliothèque Nationale de France. Si la majorité des structures francs-comtoises en sont équipées, la clientèle d’ActiMuséo se répartit sur tout le territoire français. Le Musée de la Mode à Yverdon (Suisse) ainsi que le Musée National des Arts et Traditions du Gabon attestent de l’intérêt croissant que suscite cet outil, d’ores et déjà disponible sous une forme bilingue (français / anglais).
La force de ce produit réside dans son essence même :  il s’affiche comme “le fruit d’un partenariat permanent”entre un programmeur expérimenté et des musées pour lesquels la gestion informatique des collections s’impose, générant parfois des appréhensions. Face à ses deux concurrents nationaux,  James Lamy-Au-Rousseau, autodidacte titulaire d’un BEP Optique, a su proposer un outil dont la simplicité permet une autonomie rapide des utilisateurs, adaptable aux deux plate-formes PC/Mac et dont la conception permet une évolution constante.
Les premières années ont nécessité soutien moral et persévérance avant que le projet ne soit viable. En 2003, tandis que l’entreprise consolide son réseau de clients, une importante société entrevoit le potentiel d’Actimuséo et envisage son rachat. Lamy-Au-Rousseau Multimédia prend alors une nouvelle dimension en salariant une personne afin de répondre aux demandes croissantes des musées. Mais l’avenir de l’entreprise, tournée aujourd’hui vers l’international, ne doit en rien altérer sa nature-même, basée sur la qualité des services et les relations privilégiées entretenues avec les clients et partenaires.
Laura Franco
le 01 juillet, 2006
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