Isabelle Alonso se dévoile

Je m’appelle Isabelle Alonso. La plupart des gens me connaissent parce que j’apparais régulièrement dans des émissions de télévision à des heures de grande écoute. Les gens croient me connaître mais en fait, si je devais me présenter, je dirai que je suis …née espagnole en France, née fille dans un monde de garçons et née pauvre dans un pays riche. Donc je fais de mon mieux pour être une femme aussi libre que possible.

Villages FM : Cette présentation rejoint votre dernier livre « L’exil est mon pays ». Pourriez-vous nous en donner les grandes lignes ?

Isabelle Alonso : Ca correspond exactement à ça puisque je crois que l’idée maîtresse du livre c’est l’idée de l’autre. C’est comment on est quand on est l’autre, c’est-à-dire que l’on n’est jamais exactement à sa place. (…) Comment on voit la réalité quand on est un petit enfant et qu’on n’est pas pareil que les autres. Et le regard que les autres portent sur vous quand vous êtes différent, c’est là dedans que j’ai construit mon identité et mon rapport au monde. Comment ça se passe quand on est une petite espagnole en France mais quand on rentre en Espagne on est une petite française parce qu’on a un accent français. Comment ça se passe quand on est toujours décalée par rapport à la réalité, quand on est une personne déplacée de la même manière qu’on peut tenir des propos déplacés, quelque chose qui n’est ni vrai ni faux sauf que c’est pas le moment de le dire. Et bien là on a une personne qui n’est ni vraie ni fausse, c’est juste qu’elle est pas à sa place.

Villages FM : Ce livre porte plusieurs de vos combats : celui du féminisme, mais également de « l’étranger » que vous abordiez en début d’interview. Aujourd’hui, en période de pré-campagne électorale, ces sujets sont sensibles notamment à travers la question des sans-papiers abordée très récemment mais aussi de façon générale celle de l’immigration. Comment vivez-vous ces débats en tant que « française d’origine espagnole » ?
Isabelle Alonso : Je les vis tout à fait en direct parce que j’ai été élevée par des parents qui étaient révoltés par l’injustice. Donc aujourd’hui toutes les injustices me révoltent. Celles dont pâtissent les femmes bien entendu, celles dont pâtissent les étrangers aussi, celles dont pâtissent en général beaucoup de gens. Il y a par exemple les chômeurs ou les pauvres, tout simplement les gens qui n’ont pas d’argent et qui ne peuvent pas vivre normalement. Tous les gens sur lesquels on jette un regard un peu méprisant parce qu’ils n’appartiennent pas à la majorité silencieuse. J’ai vécu comme très douloureuse la situation des gens qui étaient à Cachan (…). Je déplore (…) qu’on puisse mettre des gens dans ce genre de situation en particulier quand il y a des enfants. Mon livre c’est l’histoire d’un enfant qui ne comprend pas le regard qu’on pose sur elle et ce regard là n’a pas changé, c’est toujours le même.



Villages FM : Aujourd’hui, quelle réalité a pour vous l’expression « France, Terre d’accueil » ?
Isabelle Alonso : Mais c’est une véritable expression. Je ne voudrai pas qu’on oublie que la France reste une terre d’accueil pour beaucoup de gens qui sont en danger et qu’obtenir un passeport français, c’est pour les gens qui l’obtiennent souvent un grand soulagement. Ca ne serait pas honnête de ne pas rendre hommage à cet aspect là de la France. Beaucoup d’étranger doivent beaucoup à la France : la France doit beaucoup à ses étrangers. Le fait d’être un pays qui accueille les autres est un facteur de l’immense prestige de la France à l’étranger. C’est une réciprocité. Ceux qui arrivent apportent leur vie et leur humanité et la France leur apporte quelque chose qu’ils n’ont pas eu dans leur pays.

Propos recueillis par Laura Franco.

Reportage sur Villages FM ---> {play}http://www.villagesfm.com/podcast/isabellealonso.mp3|[AUTOPLAY]|#009C0A|[AUTOREPLAY]{/play}
le 01 octobre, 2006
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