Le projet French Waves fait escale en France, et notamment à La Poudrière de Belfort ce samedi 4 mai

Il célèbre vingt-cinq années dans l'histoire de la musique électronique à travers un documentaire et des masterclass. Le film n'est pas académique et ne part nullement de l'origine historique. Son point de départ est l'avènement du genre. La mesterclass qui accompagne corrobore ce qui émane du film. Décryptage avec le jeune réalisateur Julien Starke, initiateur et partie prenante du projet...

Villages FM : De quelle manière s'est articulé le projet, déjà as-tu réalisé le documentaire en pensant le projet ou est-ce le projet qui t'a incité à créer un documentaire ?

Julien Starke : On était un collectif de potes qui organisaient des soirées avec des artistes électro de notre âge. L'un de nos lives a été choisi pour être dans un film qui s'appelle "Eden" mettant en scène un DJ de la fin des années 90. Le personnage y devient ami du groupe Daft Punk et de toute la scène french touch. En voyant dans le scénario une effervescence collective et créative, pareille à celle que nous avions nous-mêmes tous les jours, cela m'a donné envie de trouver une manière de raconter les liens entre les artistes qui ont ouvert les portes et les artistes d'aujourd'hui. Les derniers ont repris le flambeau et mené la barque dans d'autres directions. Ils ouvrent d'autres portes. Je voulais faire quelque chose à partir de ça.
Petit à petit j'ai passé mon temps à écouter de la musique, à regarder les films, à sortir en club pour voir des DJs. J'ai réfléchi à la façon dont je pouvais livrer cette histoire. A la partager de la manière la plus complète, la plus globale possible. J'écoutais déjà de la musique électronique avant le projet, mais c'est surtout quand j'ai entrepris le projet que je me suis mis à me documenter plus sérieusement. Du coup j'ai découvert beaucoup de choses. La première intention est passée par le média dans le domaine où je suis à l'aise. Mais je voulais explorer d'autres domaines. C'est pour cela que j'ai lié le documentaire long métrage à une web série en libre accès sur internet. Laquelle est établie en dix épisodes de cinq minutes. Chaque épisode évoque un morceau emblématique. Nous proposons également le site qui contient des articles rédigés avec des photos, des vidéos et des biographies. De plus, on a les masterclass où nous essayons de faire du partage xpériences entre les artistes et le public.
Les gens assistent à un concert alors ça permet de briser les barrières à travers une vraie vision sur l'artiste, en direct. C'était assez compliqué de faire comprendre. Proposer quelque chose de complet qui fait joindre un cinéma avec une salle de concert me paraissait pourtant évident. C'est un projet à la carte dont on peut, si on le souhaite, ne regarder qu'un aspect. Mais si on veut creuser on peut y découvrir de nombreuses facettes. La soirée sert de transmission entre les différentes générations par le biais d'un plateau qui réunit des musiciens de plusieurs labels.
 
Villages FM : Tu transcendes ton métier de réalisateur en organisant des masterclass électro. Ainsi tu t'es entouré pour débusquer les artistes qui les animent ?
Julien Starke : Ca s'est fait sur le tard. La première masterclass avait eu lieu à New-York il y a un certain temps. Nous y avions été invités pour présenter le film. Il n'était pas terminé parce que le montage a pris plus de temps que prévu. D'abord je ne savais pas quoi faire avec cette séance disponible où je devais choisir des artistes. Finalement j'ai écrit cette masterclass un peu balbutiante, dans le but de combler une séance pour un film qui n'était pas fini. On s'est rendu compte que c'était intéressant. Au fur et à mesure ça s'est affiné. Maintenant, le choix des artistes est en bonne adéquation avec ce qui peut plaire à un public local, toujours sur le créneau d'un représentant de chaque génération.
 
Villages FM : Lorsqu'il est présenté à l'étranger, prenons l'exemple du Moyen-Orient, comment ce type de projet, francophone, est-il reçu là-bas ?
Julien Starke : La musique électronique française a une bonne image à l'étranger. Le projet a été mieux perçu car en France, ce courant est associé à la french touch qui se trouve galvaudée. Des gens pensent qu'il s'agit d'un seul style de musique ayant existé à la fin des années 90. Ils en ont un peu marre. French Waves embrasse plein de styles. A l'étranger il y a un enthousiasme autour du projet où les curieux veulent savoir ce qui se faisait à l'époque. Ils veulent comprendre ce qui a amené les artistes français à avoir un impact international. Ils veulent voir qui sont les jeunes artistes qui ont pris la relève, comment ceux-ci envisagent le présent et le futur.
 
Villages FM : Le moment pour présenter le projet devait-il entrer en résonance avec l'engouement actuel que connaît la musique électronique ?
Julien Starke : Je ne me suis pas posé la question de savoir si c'était le bon moment ou pas. Cependant ce n'est pas anodin : Notre collectif a été entouré malgré lui de jeunes artistes. L'effervescence dans laquelle j'ai évoluée m'a donné l'envie de partager à mon tour. C'est foisonnant, beaucoup de chapelles sont en train de s'ouvrir et de se parler les unes aux autres. Des collaborations naissent. Si le projet était tombé à une époque d'un point moins à la mode mais où l'effervescence créative avait été similaire, je l'aurais réalisé quand même. C'aurait peut-être touché moins de gens, mais j'aurais été jusqu'au bout.
 
Villages FM : Le choix des artistes explorés dans le film a-t-il été fait en fonction de tes rencontres personnelles ?
Julien Starke : Oui. J'ai essayé de mettre en avant les artistes qui avaient bercé mon adolescence comme ceux que je côtoyais au quotidien. L'idée était de voir le lien possible entre deux générations de vingt ans d'écart. Le choix s'est fait de manière très subjective avec le cœur et la passion. Je voulais partager cette passion.
 
 
Propos recueillis par Fred D Rico

 

le 04 mai, 2019
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