OTOR Papeterie du Doubs à Novillars : une industrie éco-citoyenne

La Papeterie du Doubs, en créant une rhizosphère pour traiter ses éffluents, inscrit ses actions dans une logique de développement durable et réconcilie définitivement performance économique et respect de l’environnement. Sous l’impulsion du Directeur Général, Gérard Lasserre, grâce à l’accompagnement de Michel Cottet de la fédération Doubs Nature Environnement et sous le contrôle de Capucine Robert, ingénieur au sein de la papeterie, un projet innovant combinant différents systèmes d’épuration a vu le jour.

 

L'entreprise créée à Novillars en 1883 et filiale du groupe OTOR depuis 1989, s'est spécialisée dans la fabrication de papier recyclé à destination de cartonneries produisant du carton ondulé. Cette activité, qui génère sur le site de Novillars 62000 tonnes de papier par an, nécessite du papier usagé et une importante quantité d'eau. Après utilisation, cette eau est chargée de fibres de papier et d'amidon. Avant de la rejeter dans le Doubs ou de la réutiliser au sein de l'usine, un performant système permet son épuration.
 
La première phase, procédé traditionnel, correspond au traitement physico-chimique de "l'eau polluée" dans un décanteur. Tandis que les boues primaires (fibres de cellulose) et la plus grande partie de l'eau ainsi clarifiée retournent dans la chaîne de production, l'excédent rejoint un vaste bassin de lagunage pour la seconde phase. Dans cette lagune, les 50 aérateurs favorisent la production de bactéries aérobies qui elles-mêmes vont consommer l'amidon dissout. Après trois semaines, l'eau s'écoule dans un deuxième puis un troisième bassin où, par décantation, boues et eau sont dissociées et partiellement ré-utilisées dans la machine à papier. A ce stade de l'épuration, l'eau respecte déjà les normes de rejet autorisé.

Afin d'obtenir une eau assez pure pour augmenter encore le recyclage totalement recyclée, un traitement tertiaire a été mis en place en 2002 : une rhizosphère. Ce dernier maillon de la chaîne du traitement des eaux usées, inspiré par des collectivités territoriales, n'avait jusqu'alors jamais été adapté à l'industrie en Europe. Ainsi, des jets déversent l'eau dans 4 bassins constitués d'une couche de gravillons de 85 cm et plantés de roseaux. Roseaux et gravillons jouent alors le rôle de filtres naturels verticaux. L'eau rejoint ensuite un chenal artificiel au tracé sinueux, composé de galets, de graviers et de diverses plantes tel que joncs et roseaux. Dans ce cas, l'eau s'écoule et subit un filtrage horizontal. Ce procédé a permis la création d'un véritable jardin d'eau, où faune et flore s'épanouissent, et où l'écosystème travaille dans le sens de l'épuration des eaux. L'entretien de ce parc confié au CAT (Centre d’Aide par le Travail) de Novillars, fait écho à la volonté du directeur d'ancrer son entreprise dans le tissu local et correspond aux valeurs défendues par de telles actions.

Cette entreprise, qui avait connu dans le passé des problèmes de pollution, fait aujourd'hui figure d'exemple. Non seulement la matière première utilisée (le papier) provient du recyclage et permet de réaliser des économies en matière de bois, d'eau et d'énergie mais de surcroît le recyclage de l'eau atteint 97,7% de l'eau utilisée en 2004. Le bilan énergétique de la papeterie, le ralliement des employés autour du projet, les liens tissés entre une association environnementale et une industrie ou encore l'intérêt du suivi avec l’Université font de la Papeterie du Doubs un véritable laboratoire d'expériences industrielles, écologiques, scientifiques et humaines.
Laura Franco
le 01 juillet, 2005
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