La Franche-Comté accueille sa première entreprise de biocarburant

En France, sur fond d’envolée des prix du pétrole,  les initiatives locales liées à l’utilisation des biocarburants fleurissent et remettent progressivement en question la pensée dominante qui affirme que la faisabilité de ce type de projets n’est pas encore assurée. La Franche-Comté, par le biais d’associations et de volontés politiques naissantes, participe activement au débat. L’association CERABEV (Centre de Recherche Appliquée sur les Biocarburants et Energies Vertes) basée à Durnes franchit un pas décisif en créant la première unité de production de biocarburant de Franche-Comté.

Biocarburant…quelle définition ?
Le terme “biocarburant” est avant tout un raccourci pour ce qui devrait s’appeler “carburant d’origine végétale”. En effet, un “biocarburant” est un combustible liquide obtenu à partir de végétaux. De façon simplifiée, il existe trois grandes familles de biocarburants. D’une part, il existe un carburant obtenu par méthanisation (procédé de dégradation de la matière organique par une flore microbiologique en l’absence d’oxygène). De ce procédé, résulte le biogaz, dont le transport reste délicat. D’autre part, on peut obtenir des combustibles à partir d’alcools (méthanol, éthanol) produits par fermentation de cultures sucrières telles que la betterave ou la canne à sucre. Ces alcools purs sont utilisés comme carburant pour moteur essence, réalité quotidienne de plus de 20 millions d’automobilistes brésiliens grâce à la technologie Flex-Fuel.

Enfin, les combustibles obtenus à partir de cultures oléagineuses, essentiellement le colza et le tournesol, sont ceux qui suscitent actuellement en France le plus grand intérêt. Christian Girardet co-président de CERABEV, entend mieux informer les citoyens sur cette question : « Dans les biocarburants à base d’oléagineux, il y a deux sous familles. Il y a les HVP ou HVB (huile végétale pure ou brute). C’est l’huile de salade que vous utilisez couramment et que vous pouvez mettre dans votre voiture, à hauteur de 30 % sans modifier votre moteur. Mais attention, cette solution convient aux moteurs diesel ancienne génération, généralement construits avant l’an 2000, que l’on appelle les moteurs à pré-chambre de combustion qui ont seulement 130 bars de pression. Pour les moteurs diesel actuels, ceux de l’après 2000 tels que les HDI ou TDI dans lesquels on a une injection directe et où la goutte d’huile est particulièrement fine, on est obligé de traiter l’huile afin de la fluidifier, c’est le processus d’éthérification. On enlève la glycérine et les savons de l’huile pour obtenir le « Diester (marque déposée par Sofiprotéol) appellation commerciale du BioDiesel.

De la recherche à l’action
A partir de nombreux essais réalisés sur des voitures, tracteurs et camions, CERABEV a mis en place des bases de données permettant aujourd’hui de concrétiser deux années de travail et de réflexion par la création de l’usine artisanal Bio-Taer Comtoise, soutenue entre autre par la Chambre d’Agriculture du Doubs. Dès le 17 mai, les premiers hectolitres d’huile végétale en sortiront. La réalisation du projet paraît d’autant plus cohérente que les résidus issus du pressurage des graines de colza, appelés communément tourteaux de colza, sont utilisables à plusieurs fins. Employés comme alimentation animale, notamment pour les bovins, ils ont l’avantage de ne pas être produits à base d’OGM, contrairement aux tourteaux de soja. De plus, leur valorisation pour le chauffage paraît économiquement avantageuse, en comparaison notamment à l’usage du fioul dont le prix est en constante évolution. Actuellement, les 1000 litres de fioul avoisinent les 680 € et équivalent à 1700 kg de tourteaux de colza soit 400 €.

D’un budget d’investissement initial de 250000 € la société Bio-Taer Comtoise a été financée à hauteur de 40000 € par ses 17 sociétaires et le reste par le Crédit Agricole. Le procédé de pressurage étant automatisé, un salarié suffira à produire les 4 000 000 litres d’huile qui en sortiront chaque année. Cependant, la vente à l’exportation de cette production aux Suisses reste la seule destination envisageable du fait des politiques françaises actuelles.

Justifier les résistances
Cependant, l’apparente schizophrénie de l’Etat français freine considérablement le développement de ce type de projet. « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » ouvrait le discours engagé du Président Jacques Chirac lors du sommet mondial sur le développement durable à Johannesbourg en septembre 2002. Mais les promesses sur l’engagement des pays développés dans « la révolution écologique, la révolution (des) modes de production et de consommation » rentre en contradiction avec la non application de la directive européenne sur l’usage des biocarburants.
Mr Girardet souligne cette ambivalence :
« L’état est contrevenant par rapport à la directive européenne sur les biocarburants qui dit que chaque personne peut produire lui même son biocarburant dans son garage en pressant du colza et l’utiliser ensuite pour son véhicule. Cette directive doit s’appliquer depuis le 1er Janvier 2005, il n’en est rien.».
Il semblerait que les choix actuels du gouvernement se fassent de façon à satisfaire d’autres intérêts que l’intérêt général, et notamment  ceux de la firme Total qui affirme aujourd’hui être « leader en France et en Europe dans le domaine des biocarburants » et avoir « joué un rôle très actif dans le développement de ces produits en France depuis plus de 10 ans ». Si la France compte rattraper son retard concernant l’incorporation des biocarburants dans les carburants fossiles (l’objectif d’incorporation fixé par le Parlement européen est de 5,75 % en 2010 contre 1% actuellement en France), certains pays européens sont actuellement très bien positionnés. Pour exemple, prés de 1 500 pompes distribuent en Allemagne des HVP et/ou du BIODIESEL utilisées comme carburant diesel, 120 en Suisse.

Mais la meilleur des sensibilisations ne serait-elle pas le rappel de quelques chiffres alarmants sur l’état de notre planète. Ainsi en 15 ans, l’émission de gaz à effet de serre (GES) a augmenté de 20% et met concrètement en péril l’équilibre de notre planète. Christian Girardet explique que « les tests ont prouvé qu’avec seulement 10% d’huile pure vierge mélangé au gasoil, l’émission des fumées sont considérablement réduites à 98 %». En outre « D’après les tests réalisés, on s’aperçoit que le bilan CO2 (soit le bilan lié à l’émission de carbone) est à zéro. En effet, quand les plantes, le colza ou le tournesol grandissent, elles absorbent du CO2 de l’atmosphère. La quantité absorbée est exactement la même que celle brûlée quand on roule au biocarburant. Donc on ne contribue pas à l’effet de serre”.

Laura Franco 
le 01 mai, 2006
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